Revue de détail 4.10 - Ho'onani Makuakane

15 décembre 2013

Le matraquage avait été constant, la production répétait à qui voulait l'entendre que ce dixième épisode de la saison 4 serait épique et bien ils se trompaient, cet épisode est un réel chef d'oeuvre. Une fois de plus Peter Lenkov et Ken Solarz qui ont écrit l'épisode et Larry Teng à la production nous ont totalement pris à contre-pied. 


Commençons par le commencement avec l'ouverture de l'épisode, des images des actualités cinématographiques de l'époque pour nous plonger dans le bain suivies par la reconstitution de l'attaque de Pearl Harbor menée avec un rare brio et un réalisme saisissant. On se demande vraiment où on est. Est-ce bien un épisode d'Hawaii 5-0 ? Le naturel revient au galop avec cet hommage très américain aux hommes tombés durant cette attaque en présence de vrais vétérans de la Seconde Guerre Mondiale excepté Jack Axelrod qui interprète Ezra Clark que l'on connait surtout pour le rôle de Shmeil dans NCIS. 

Le contexte de cet épisode n'est pas très commun non plus et renvoie aux heures les plus sombres de l'histoire américaine. Après l'attaque sur Pearl Harbor, le Président Roosevelt lui même ordonna le placement de tous les Américains d'origine japonaise ainsi que tous les Japonais vivant sur le sol américain en camp d'internement, ainsi que la confiscation de leurs biens. On nous rabat les oreilles chaque année, chaque jour avec la déportation des Juifs mais bien qu'il n'y ait pas eu d'extermination massive des populations dans le cas américain, la méthode reste similaire.

Mais parlons un peu de l'intrigue, un homme de 82 ans cherche à se venger du GI qui aurait tué son père 70 ans plus tôt dans un camp d'internement pour lui voler un katana qui était dans cette famille depuis des générations. Il est arrêté dans sa tentative par le 5-0 et Steve qui croit en son histoire lui propose de soldat à soldat - ce vieil homme est un vétéran - d'enquêter sur ce meurtre.

Au delà de l'intrigue, un homme a retenu l'attention, James Saito alias David Toriyama. Cet acteur qui n'a même pas 60 ans a été grimé de telle façon qu'il ressemble à un vieil homme de 82 ans et alors quelle présence, quel charisme, un regard pénétrant, un véritable talent dans l'exécution de ce rôle. Il joue réellement ce rôle avec conviction et on est ébahis. A le voir évoluer claudiquant, le dos courbé, on sent que cet homme porte toute la misère du monde, on ressent son désespoir à l'idée de ne pas avoir pu venger la mort de son père.

 

Par le biais d'heureuses coïncidences, le 5-0 finira par résoudre cette affaire et rendre au vieil homme son katana mais le plus important dans cet épisode n'était pas l'intrigue, le but tout au long de l'épisode était d'informer et de rendre hommage à ces anonymes dont la vie a été brisée. Les flashbacks commentés pas James Saito donnent parfois l'impression d'un documentaire mais cela devient parfois si réel que l'on en a la chair de poule. L'arrestation du père de David, la descente chez les Saito pour les emmener en camp d'internement, la violence verbale physique et psychologique, l'humiliation dont ont été victimes ces personnes résonnent comme autant de mauvais souvenirs mis en image, un réalisme parfois dérangeant qui plus est dans un pays qui se prétend démocratique.

La force de cet épisode réside dans cette reconstitution d'événements, les situations si vivaces et le réalisme de ce camp d'internement, mais la cerise sur le gâteau restera le jeu de James Saito et sa façon de conduire les émotions, on se surprend la larme à l'œil à l'évocation du passé commun de David avec Steven McGarrett, le grand-père de notre héros ou quand il récupère ce katana qu'il avait cru perdu pendant plus de 70 ans. 

On pourrait s'attarder des heures sur les qualités de cet épisode et le talent de ses acteurs mais aussi de Larry Teng, de Jeff Cadiente et de tout le staff. C'est un épisode dans lequel, chacun à mis toutes ses tripes, dans lequel beaucoup d'argent a été investi, des moyens énormes qui aurait pu aboutir à un double épisode où qui auraient pu être investis dans un film. Mais voilà, quand on aime, on ne compte pas. Le résultat va au delà de toutes les espérances, un épisode au rythme un peu plus lent et sur un ton plus grave qu'à l'accoutumée mais toujours avec cette pointe d'humour qui caractérise la relation d'amour vache entre Steve et Danno. Et le petit plus, plein de petites références semées ça et là comme l'histoire du 442ème régiment d'infanterie qui a donné son nom à prestigieuse décoration militaire.

Quand on voit ce qu'a réussi à faire Larry Teng aux commandes de cet épisode, on peut s'attendre à quelque chose de tout aussi grandiose du 200ème épisode de Criminal Minds qu'il a réalisé ces derniers jours. Un regret toutefois ; que l'épisode n'ait pas été diffusé comme prévu le 6 décembre, veille des commémorations de Pearl Harbor car le 13 l'épisode a du subir la concurrence de certains films dont la suite de The Hobbit qui sortait en salle le même soir et un certain désintérêt des jeunes américains vis-à-vis de leur histoire. Pour nous, européens, qui ne connaissons pratiquement rien aux faits qui sont relatés, cela a été une vraie leçon d'histoire sans avoir la prétention d'en être une et si vous n'avez pas compris ça alors nous n'avons pas regardé la même série.

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